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Place à l'évasion par la lecture: La Fenêtre

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Ma plume tente de suivre le souffle de la brise ; la fenêtre est ouverte sur un jardin généreux, offrant aux invisibles insectes abondance secrète. Chaque parcelle d'air vibre aux chants de la vie animale et diffuse une espèce d'humeur fluide et gaie. Des parfums de terre et de sève s'échappent dans les ondes aériennes et répandent mille odeurs qui ravivent les souvenirs d'enfance. Est-ce juste mon regard qui métamorphose le décor ou est-ce le paysage qui m'enveloppe de son empreinte si fraîche ? Chaque son, chaque mouvement, chaque vie dans ce qui m'entoure me pénètre pour ne faire qu'un dans un même unisson. Mon cœur se gonfle de bonheur : toutes ces parties que l'on peut détailler et qui apparaissent comme différents univers se sont réunies, l'espace d'un instant, pour ne faire qu'un. Et toutes se trouvent dans une jouissance extrême d'exister dans l'autre ...

 

Un marteau piqueur brise ce paysage idyllique dans un vibrato qui fait tressaillir les entrailles de la terre. Malgré moi, mes sourcils se froncent et une révolte coléreuse m'envahit. Qui ose troubler ce moment magique ? Est-ce le temps de jouer du marteau, piqueur de surcroît ? Que le diable l'emporte ! Ce vacarme insupportable envahit mon espace et j'étouffe de ce bruit qui n'est pas le mien ! Il s'insinue, s'entête et vrille ma pauvre tête. Ah, l'odieux mugissement qui s'attaque à mes tympans comme une unité de guerriers armés jusqu'aux dents qui viole ma sérénité sans vergogne.

- Louisa, qu'est-ce que tu fais ? ... viens m'aider à ouvrir la fenêtre de la salle ! ...une voix mi-inquisitrice, mi-agressive m'arrache à mes pensées. Quoi encore, ne peut-on s'isoler à l'envi ? Faut-il toujours servir de béquille à un autre qui vous harcèle pour un oui, pour un non ?

- Je réfléchis au sujet de dissert que je dois donner à mes élèves la semaine prochaine. J'arrive, ... En répondant, je me laisse happer à la sollicitation de cette mère si proche et si lointaine, que j'aime et qui m'irrite mais que j'aime davantage qu'elle ne m'irrite.

Je me lève de mon siège de bureau, renonçant à mon luxueux isolement et à ma nature contemplative du moment. Je laisse échapper un soupir et descends l'escalier avec une nonchalance forcée pour lui signifier, sans mot, qu'elle me contraint. Face à elle, je me plante de mauvaise grâce, le regard aussi fuyant que la parole car je n'arrive à articuler qu'un misérable et détestable ...mm... ? Si elle n'a pas compris, son appel m'a mise de mauvaise humeur et j'entends que le monde entier le sache !!! Je lui décoche un regard oblique et voit sa mine amusée, l'œil éclairé par des sagesses inconnues et là, je fonds, ... je surprends une voix de miel qui s'échappe de mon gosier, encore irrité de l'instant précédent,

- ...comment se fait-il que ma petite mère, si forte, n'arrive pas à ouvrir quatre bouts de planches de rien du tout ? Ce faisant, ma main a déjà saisi la poignée dans un geste vigoureux mais vain, la satanée fenêtre me résiste !

En fine mouche, elle ne rajoute aucun commentaire pour justifier sa demande, elle me sourit, point barre.

Mes tentatives successives pour ouvrir « La Chose » restent vaines, à peine un soubresaut de nain, un micromouvement. Et puis finalement, cette fenêtre n'a aucune raison de s'ouvrir, elle est très bien fermée ; au moins, on ne risque pas de se cogner en faisant les poussières et en se relevant, brusquement, pour s'effondrer dans un cri de douleur, sous la force d'inertie du battant, qui vous a ouvert le crâne sans même une petite vibration de compassion ! Et de toutes façons, il y a d'autres fenêtres dans la maison qui, elles, sont capables de s'ouvrir selon mon bon vouloir. Oui, bon, mes arguments ne sont pas convaincants, il faut que je trouve une solution.

La petite voix de maman me tire de mes réflexions silencieuses,

- Tu ne connais personne qui pourrait nous aider dans cette affaire ?

- Euh... si, ...oui, ...il y a bien Hector, même s'il n'est ni aussi beau ni aussi fort que celui de Troie, ...mais ça me gène de lui demander !

- Mais non, pourquoi, on doit s'aider les uns les autres, les amis, les collègues, les voisins, on se côtoie, on s'apporte et on s'enrichit mutuellement, non ?

- Maman, tu sais bien que ce n'est pas aussi simple dans la vraie vie! Tu sais bien que les bâtons dans les roues, ça existe aussi ! Et le bâton n'est que le prémisse du reste !

- En tout cas, s'il n'est ni aussi beau ni aussi fort qu'Hector de Troie, il peut être plus efficace, allez, appelle ... à moins qu'il n'y ait anguille sous roche ?

- Mais non, ... j'y penserai, on verra plus tard ! Le « mais non » qui se projette hors de moi est trop vindicatif pour être honnête. Me serai-je caché mes propres sentiments ? Alors, là, ma fille, tu divagues complètement, je me navre toute seule de penser de telles inepties, heureusement que le ridicule ne tue pas !...

La porte de la maison s'ouvre brusquement et à grand fracas, ... voilà mon garçon manqué de fille qui rentre en trombe, même si je lui rabâche sans relâche que la bienséance réside dans la retenue des mouvements et des humeurs, - je peux toujours le dire, ça pourrait me servir également d'autosuggestion, vu que je brille par une discrétion mondialement connue -

Un « jour m'man » et un « salut mamie » annoncent son entrée. Les bouches qui s'arrondissent pour le bisou maternel restent en suspens, soufflées par la puissance du mistral qui a déjà envoyé Eléonore dans sa chambre, porte fermée ! bonjour l'ambiance et la chaleur des retrouvailles, super la vie de famille !

Bon, où en étais-je avant d'être interrompue par je ne sais plus quoi ? Ah, oui, téléphoner  à Hector pour la fenêtre, trouver le sujet de dissert pour la semaine prochaine, mes copies à corriger et le repas du soir à préparer ; et ce soir, je prends la poudre d'escampette avec ma copine Lydie pour nous faire un petit resto sympa, papoter de nos histoires de filles et refaire le monde de A à Z, c'est un minimum ! Maman restera auprès des enfants pour assurer la permanence.

 

-oOo-

 

La maison est vide ce samedi matin ; le ciel se teinte d'une nostalgie en camaïeu de gris et me communique ses couleurs. La brume enveloppe les contours d'un paysage encore frileux de printemps naissant et dépose une vapeur de rosée sur la terre avide. C'est le temps des esprits romantiques et même fenêtres fermées, le pépiement des oiseaux qui paraissent toujours heureux, me parvient.

Le souvenir de cette fenêtre qui refuse de s'ouvrir me laisse perplexe. Cet épisode reste incompréhensible ; jamais je n'ai eu de difficultés à l'ouvrir ou n'ai perçu de signes avant-coureurs à l'incident. Peut-être que l'humidité de ces derniers temps, alternée à des journées précocement chaudes, a eu raison des boiseries. Décidément, tout autour de soi détient sa propre vie et interfère sur les autres.  ...Et si c'était moi, cette fenêtre avec cette fermeture indéchiffrable ? Ne pourrait-elle pas refléter une part de soi qui se serait rétractée ou qui se révèle soudain repliée ? ...n'importe quoi, je divague, heureusement personne ne perçoit ces pensées improbables et je peux me pardonner quelques errances d'esprit.

Ma nature contemplative réclame son dû de façon très ferme ce matin : je suis décidée à ne pas la brusquer et je remets à plus tard toilette et compagnie, sempiternels rituels qui, en cette heure, me rebutent au plus haut point.

En premier lieu, un peu de musique ; voyons, mon CD de chants traditionnels chinois va me ravir l'âme et comme je suis seule à l'apprécier, j'en profite.

Secondo, ...oh, non, la sonnette, qui peut venir de si bonne heure ?

Ciel ! ... c'est Hector,  pourtant je l'attendais cet après-midi pour l'ouverture de la fenêtre ! Je suis figée sur place, pas lavée, pas coiffée, pas du tout présentable dans ma petite chemise de nuit en coton blanc qui suggère plus qu'elle ne dévoile.

Bon ! Action, je lui ouvre et remonte en quatrième vitesse pour ne pas que son regard croise ne serait-ce que l'ombre de ma silhouette !

- J'aarriiiive ... dis-je du haut de l'escalier en mettant quelques loukoums dans mon timbre de voix.

Hector est mon voisin de rue et sa formule de présentation « deuxième degré » est gravée dans le marbre :

- je m'appelle Hector, de Troyes puisque j'y suis né.

C'est vrai que pour faire connaissance, c'est plutôt rigolo et ça déride les atmosphères un peu guindées. Hector vit seul dans sa grande maison et paraît très réservé. Pourtant, les quelques fois où une discussion de voisinage s'est engagée entre nous, l'impression que j'ai eue de lui reste toujours une sensation de proximité rassurante ; cette présence d'homme à qui rien ne peut arriver et où toute espèce de sentiment craintif est exclu. Un petit quelque chose de sérieux, plutôt grave, pas insouciant quoi, lui donne du charme ; rajouté à ça, il n'est pas mal du tout avec ses beaux yeux bleu intense et ses boucles brunes ! mais de là à ce qu'il y ait anguille sous roche, franchement, qu'est-ce  que maman peut être ringarde, quelquefois ! Et puis de toute façon, il n'en est absolument pas question, ma petite amourette du moment me suffit amplement, même si elle demeure définitivement chaotique de ruptures en retrouvailles et de retrouvailles en ruptures ; et même si nos rendez-vous s'espacent de plus en plus !

Une fois prête, je viens accueillir Hector avec un bonjour énergique ; le minimum vital de la corvée toilette est terminé. J'ai enfilé une tenue sportive, sweat et pantalon clairs. Les cheveux sont restés rebelles malgré l'incursion du peigne, on ne peut rien contre un karma qui vous poursuit de génération en génération !

Mon regard interrogateur suffit pour qu'Hector s'excuse et m'explique son indisponibilité d'après déjeuner : un chantier à terminer chez l'un de ses clients -il est cuisiniste- l'amène à venir d'ores et déjà tester l'ampleur de la résistance butée de la fenêtre. Il a ouvert ses deux caisses à outils, impeccablement ordonnés comme un chirurgien qui se prépare à une opération importante. Je m'attelle à la préparation d'un café de bienvenue pour saluer l'heure des braves et pour donner du cœur à l'ouvrage. Adieu inaction, rêverie, flânerie de l'esprit ; bonjour action, mouvement et goût de la sueur pour des tâches répétitives à l'infini !

J'invite Hector à s'asseoir dans la cuisine et lui sers le café brûlant ; il sourit gentiment avec une chaleur étrange dans ses yeux ; son regard me renvoie un reflet sympathique de mon apparence qui ne correspond pas à celui que m'avait renvoyé mon cher miroir de salle de bains ; j'ai peut-être mal jugé vu ma myopie notoire ! j'arrive à me détendre et  le remercie vivement de son aide ; nous bavardons des écarts de température de ces derniers jours, de notre rue qui est si tranquille, de son travail et de mes élèves ...

- Mon dieu, que l'heure tourne vite, merci pour le café Louisa, je me mets au travail ! Pendant que lui s'affaire à l'ouverture de la fenêtre, je vaque aux obligations domestiques, lessives et toutim ... c'est sympa d'avoir un voisin bricoleur, serviable et agréable. Son oui pour me rendre service ne s'est pas fait attendre ... il faut absolument que je trouve un truc pour le remercier, peut-être que je l'inviterai à dîner un de ces soirs, tiens, avec Lydie et quand les enfants seront chez leur père, ce sera plus simple. Je songe aussi que la présence d'Hector dans la maison éveille mon enthousiasme aux activités les plus banales, j'ai comme qui dirait envie de me lancer dans les tâches ménagères qui, brusquement, ne me sont plus déplaisantes ...

- Louisa, ...Louisa ...

Je m'interromps et passe mon visage par-dessus la rampe d'escalier d'où j'ai une vision directe sur la salle.

- Oui, qu'y a-t-il ? ...je descends.

- Ecoute, je ne sais pas pourquoi, mais cette fenêtre ne s'ouvre pas. Ce n'est pas le bois qui a gonflé, elle bouge mais ne cède pas. Je reviendrai plus tard avec la grosse artillerie ; et s'il le faut, je la dégonde ; ce n'est pas elle qui fera sa loi !

- Bon , d'accord, ... dis-je sur un ton un peu mou, me réjouissant malgré moi de son retour prochain.

- Je ne pourrai pas revenir avant au moins deux ou trois semaines ; je dois démarrer un chantier justement près de Troyes ; j'en profiterai pour faire un petit séjour dans ma famille, embrasser mes chers parents, faire quelques sorties avec mon vieux père en forêt, cela me manque tant, m'emplir de l'odeur un peu magique de la nature, rencontrer les elfes et leur parler...

A ça, c'est incroyable, dès qu'un homme parle un peu de lui et qu'il soulève sans le vouloir le voile de son intimité, il se cache immédiatement dans les voies moins périlleuses de la dérision... Je lui envoie un regard dans le style « je ne suis pas dupe » !

- Sais-tu Hector que par ici, nous avons un repère d'elfes, de fées et de nains magiciens ? Quelquefois, ils viennent bavarder avec moi, prendre un verre et se décharger de leurs soucis, je suis la grande prêtresse de leur monde enchanté ...

Nous rions ensemble de la tournure de la conversation. Mais, cela pourrait être vrai, qu'est-ce qu'on en sait, après tout ! Il me promet de me contacter dès la fin de son chantier pour en finir définitivement avec cette fenêtre qui exerce une rébellion manifeste.

- Et si tu restais déjeuner ? Le temps de préparer un petit repas du genre omelette aux fines herbes par exemple, ça pourrait t'avancer dans ton emploi du temps de cet après-midi ! Je joins le geste à la parole, dresse rapidement deux couverts sur la toile cirée de la cuisine.

Tandis qu'il me parle de ses affaires et de ses clients, je le regarde manger son omelette baveuse fines herbes et crème fraîche avec tant de simplicité et d'assurance. Lui, au moins, semble ne rien avoir à prouver à qui ce soit ! Est-ce le fait qu'il vit seul, qu'il subvient seul à son quotidien, sans épaule pour le soutenir ? Est-ce cela qui lui donne une apparence aussi solide ? une certitude sans ostentation émane de lui, celle d'être, tout simplement, mais c'est tellement puissant ! Je ne me souviens pas d'avoir été imprégnée de la sorte par quelqu'un ! Ses mains sont celles d'un artisan, énergiques et musclées, elles ne doivent pas rechigner au travail. Pourtant, la naissance du poignet est déliée, fine et leur donne de l'élégance. Et puis, il y a l'atmosphère autour de nous qui n'a pas une teneur habituelle, c'est comme si elle était habitée par des palettes de couleurs ou des multitudes de sons en parfaite harmonie : les unes révèlent les autres et si les unes n'existaient pas, les autres n'existeraient pas non plus ; comme cette sensation de plénitude est curieuse et tellement rare. Ressent-il cela lui aussi ?

Que la pendule tourne vite ! Il est là près de la porte à me remercier encore du bon déjeuner.

- Mais, non, c'est moi pour la fenêtre, le reste n'est rien. A très bientôt Hector, je t'attends de pied ferme, dis-je sur un ton enjoué avec quelques regrets quant à  l'élasticité du temps. Je me sens « toute chose » et referme doucement la porte sur son départ et la maison me paraît bien vide tout à coup ....

 

 

-oOo-

 

 

Les jours s'écoulent sans surprise ; Hector ne rentre de son chantier qu'en fin de semaine. il est tard  ce soir et je n'arrive pas à m'endormir : une obsession m'oppresse malgré moi, la fenêtre n'a pas cédé à son inertie inébranlable. Elle se dresse comme un rempart entre l'air libre du dehors et l 'intimité de la maison, entre l'horizon infini où tout est possible et l'enclos familial où règles et codes sont connus, admis et appliqués. Même si elle n'est pas la seule ouverture de cette demeure pouvant donner accès à un autre espace, elle représente la limite entre  deux univers : l'intérieur connu, confortable et rassurant, où chaque chose prend la place qui lui revient et l'extérieur aux mille découvertes qui élargit nos expériences, invente d'autres possibles et fragilise les certitudes. Cette fenêtre érige une interdiction symbolique et entêtée vers un passage qui s'est effacé, comme deux berges rendues inaccessibles par un pont soudainement disparu. Où se trouve la clef de cette énigme ; à qui dois-je demander le chemin qui relie les deux rives ?

Une clarté mystérieuse et diffuse tire les rideaux de la nuit ; mes paupières sont encore lourdes mais, attirée par elle, je me redresse sur le lit et parviens à la situer. Elle émane du rez-de-chaussée. L'escalier me semble interminable et vertigineux, certainement ne suis-je pas encore tout à fait réveillée. La curiosité l'emporte sur mes peurs nocturnes ; la salle s'ouvre devant moi et la fenêtre semble immense, comme si elle occupait tout le mur. Je n'arrive pas à reconnaître ce lieu si familier, quelque chose cloche, mais quoi ? Tout en m'interrogeant, je remarque, stupéfaite, les battants largement ouverts sur un jardin qui n'est pas le mien. Enfin, la fenêtre a repris ses esprits, sa nature et ses fonctions originelles. Je me sens apaisée mais le cœur n'y est pas tout à fait ; une étrangeté dans l'air, des lumières inconnues dont les sources m'échappent, des parfums de fleurs qui ne sont pas de saison, des pas furtifs, des feuillages qui bruissent, mais où suis-je ? Vais-je enfin reprendre possession de toute ma raison ? Je distingue des ombres minuscules qui glissent, disparaissant dans une brume veloutée et tiède. Mon sang bat à mes tempes avec fracas. Oui, je rêve ou plutôt, je divague, j'ai dû mal digérer mon dîner d'hier soir, je dois être très mal en point. Le mieux serait d'aller se recoucher et de compter les moutons pour plonger dans l'oubli merveilleux du sommeil.

Mon oreille se tend, j'ai cru entendre mon prénom. Non je refuse de me laisser aller aux hallucinations de tous ordres. En fait, je suis en train de faire un cauchemar  que je considère comme une réalité fantasmagorique. Calme ! Je dois respirer lentement pour retrouver, intacts, mes esprits.

- Louisa, ne cherche pas à échapper à ce que tu vois, c'est toi qui nous a appelé l'autre jour ; n'as-tu pas assuré que tu étais la grande prêtresse des elfes, des fées et des nains magiciens ? par delà ta raison, tu savais que notre monde existait et quelques fois, tes pensées te conduisent jusqu'à nous. Hé bien, aujourd'hui, c'est nous qui venons vers toi. Ecoute, cesse d'avoir peur et crois en ce monde qui se dévoile à toi. Rares sont ceux qui peuvent y accéder, alors ne nous repousse pas, nous ne pourrions pas résister longtemps ; nous avons besoin de tous les rêves d'enfants pour exister. Ces pensées remplies de fraîcheur et de gaieté sont des vaisseaux sanguins qui nous donnent la vie, des énergies qui nous ouvrent nos ailes et qui font que nos mondes coexistent dans des strates parallèles. Nous avons besoin les uns des autres et ce n'est pas parce que nos univers ont été séparés dans l'infini du temps, que nous ne sommes pas reliés. C'est nous qui avons bloqué ta fenêtre contre toute logique humaine pour te porter un message allégorique. Les maisons des humains sont toutes construites avec des ouvertures. Elles laissent simplement et délicieusement pénétrer la lumière du jour comme une connaissance que l'on doit acquérir, comme l'acceptation que des milliers de vérités s'accomplissent sans se nuire les unes aux autres. Garde grandes ouvertes les fenêtres de ta maison pour que ton cœur puisse exprimer ses désirs les plus profonds, pour que l'amour qu'il porte en son sein puisse se répandre et attirer ce qui doit être. Le cœur est la fenêtre de ton âme, aussi ne te soustrais pas à ses aspirations car elles sont justes et te feront grandir vers d'autres niveaux de connaissance et de perception. Tout est passage, Louisa,  ne l'oublie pas et ne nous oublie pas non plus !

Oh, mon dieu, déjà le réveil qui sonne, j'ai du mal à me lever ce matin, il faut que je songe à me coucher plus tôt. Je me fais violence pour m'extirper de la douce chaleur de la couette. Par la fenêtre, le jour s'écoule doucement ah, oui, la fenêtre et le rêve de la nuit me reviennent en mémoire avec une prégnance inhabituelle. Il faut que j'en ai le cœur net ; l'énergie a remplacé ma torpeur et c'est décidée que je me place face à mon interlocutrice muette : ma main n'y croit pas mais tire quand même le battant qui cède avec douceur. Qui pourrait croire cette histoire ? Une petite voix intérieure me répond :

- Qui a besoin de savoir ? L'important c'est ce que tu en as compris, qu'as-tu compris Louisa ?

-oOo-

 

Ce soir, j'ai invité Hector à dîner, sans Lydie, et les enfants sont partis chez leurs cousins en week-end. Je lui ai expliqué que le bois avait dû travailler et que des temps meilleurs auront rendu l'ouverture à nouveau possible. Pour le remercier d'avoir répondu à mon appel de « grande détresse », j'ai préparé une petite fête, en tête à tête, pour son retour dans mon voisinage. Il a dû comprendre mes volutes de langage car il a répondu à mon invitation avec beaucoup de tendresse et a conclu :

- A samedi soir, ma très chère petite madame.

 

-oOo-

 

Nous fêtons aujourd'hui nos dix ans de vie commune, j'ai organisé un repas de fête, le même que celui de notre premier rendez-vous et pour ne rien oublier : une bougie se consume et  anime le rebord de la fenêtre.

 

J'attends Hector, il ne va pas tarder et mon cœur a des ailes ...

 

 

Isabelle BAK

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2 Commentaires

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Très belle histoire, qui sent le vécu. Un joli moment de détente.

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Très sympa. A quand une autre nouvelle?

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