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La journée d'une Beauté

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Sujet inépuisable appréhendé, depuis que la conscience existe, sous tous les aspects, futiles ou grandioses, la beauté ne cessera jamais de susciter les passions, d'inspirer l'artiste et l'érudit autant que le commun des mortels, et ne laisse personne indifférent.

Elle nous entoure, dans ce qui se voit, se touche ou se respire mais elle côtoie la laideur et l'immondice. Ne dit-on pas que c'est sur le fumier que fleurissent les plus belles roses ?

La nature nous offre son éternelle beauté, quand une fleur se fane, tout près une autre resplendit, tout se fane, meurt, et tout renaît quand le printemps revient.

 

Et nous, les femmes ? Il y a en chacune un potentiel de beauté  mais qu'il est difficile d'être toujours belle, de se présenter chaque matin au mieux de sa forme, parfaitement coiffée et maquillée ; sommes-nous esclaves du paraître ?

 

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Hier, vous avez eu une rude journée. Sortie du bureau en retard, vous avez réussi à échapper au chef de justesse avant le fax urgent de dernière minute (« oui, demain matin, je m'en occupe en arrivant »), vous vous êtes précipitée pour récupérer Petit Trésor chez la nourrice qui n'a pas manqué de vous jeter un œil réprobateur en lorgnant ostensiblement de l'autre la pendule de l'entrée ; un détour au supermarché avant de rentrer, quelques achats d'appoint pour étoffer le dîner -Chéri vous a passé un SMS en début d'après-midi pour vous prévenir qu'il a invité un copain de fac retrouvé par hasard sur Internet (avec son épouse, bien sûr).

 

Question de prestige, ou d'orgueil, vous vous imposez de faire honneur à votre cher mari en recevant dignement son copain. Bah ! N'avez-vous pas eu tout l'après-midi pour réfléchir au menu tout en tapant sur le clavier, les yeux scotchés à l'écran ? Sans compter que votre téléphone n'a pas arrêté d'interrompre, par des sonneries intempestives, le cours de vos pensées. Bref, vous avez réussi à concocter en pensée un menu vite fait bien fait (merci Picard).

 

Enfin rentrée chez vous à 19 h 00, vous avez eu tout votre temps pour faire dîner bébé qui, installé dans sa chaise haute, a exigé à grands cris sa cuillère pour  touiller sa purée (bonjour les dégâts) ; servir sa pâtée au chat qui n'a pas cessé de miauler dans vos jambes tant que vous n'avez pas cédé ; et enfin, sauvée par le gong -enfin le retour de n'Amour- qui a pris le relais pour le bain de bébé, vous avez rangé la cuisine avant de vous attaquer à votre dîner.

 

Rassurant, Chéri vous a lancé, en enlevant bébé dans ses bras puissants : « tu as le temps, je leur ai dit de venir à 21 heures, la circulation est plus fluide ». Les hommes sont d'un comique ! Ouf, tout va bien, il n'est que 20 h 30.

 

Préparer une jolie table avec la précieuse nappe brodée de grand-mère, les serviettes assorties, dresser le couvert, belle porcelaine, cristaux et argenterie, vous pourriez faire plus simple mais vous avez envie de plaire et votre pouvoir de séduction passe aussi par certaines contingences très matérielles. Ce n'est pas votre faute, vous êtes formatée par des générations de femmes au foyer (autrefois on disait « maîtresses de maison accomplies ») et vous avez une réputation à soutenir.

 

Il est temps de coucher bébé, un dernier câlin, son doudou serré contre lui, il ne tardera pas à s'endormir... et vous repartez à l'assaut de votre cuisine.

L'entrée est déjà dans le four : coquilles Saint-Jacques aux morilles (encore merci cher Picard), et le gigot d'agneau précuit n'aura qu'à prendre la place toute chaude pour être réchauffé tranquillement. Vous préparez les légumes, haricots verts et flageolets cuisinés (surgelés prêts à réchauffer au micro-ondes, ô merveille de Sainte Technologie),  la salade, le plateau de fromage. Vous avez prévu en dessert un délicieux sorbet poire prêt à démouler que vous présenterez entouré de poires au sirop léger, préalablement égouttées, avec une saucière de chocolat fondu.

 

Il est 21 h 10, vous vous précipitez dans la salle de bains pour un coup de peigne et un petit raccord de maquillage.

« Chéri, tu veux bien t'occuper de l'apéritif ? » et vous finissez juste de passer votre petite robe noire toute simple, juste quelques strass au décolleté, quand la sonnette de l'entrée retentit. Ouf, vous arborez votre plus beau sourire et tout est prêt pour accueillir Albert et Madame. Au passage, vous avez capté le regard admiratif et approbateur de votre cher mari. (Ah quand même !)

 

Quelle bonne soirée, vous êtes détendue, vous buvez quelques coupes de champagne, vos invités sont ravis et font honneur au repas. La femme d'Albert est charmante, vous sympathisez. Non, il n'ont pas encore d'enfant mais ils y pensent sérieusement. On bavarde à bâtons rompus, le temps passe sans qu'on s'en aperçoive, on prend le café au salon et,... horreur, il est déjà 1 h passée (du matin), demain tout le monde travaille ! On se quitte en se promettant de remettre ça.

 

« Chérie, je monte, je me lève tôt demain matin, un client à voir à la première heure, à 200 km de Paris. Ne t'attarde pas ! »

Vous êtes bien tentée de tout laisser en l'état mais vous craignez un peu pour vos jolis verres en cristal que vous préférez laver vous-même, et puis vous avez enfin mis la main sur une perle, après avoir testé cinq ou six femmes de ménage successives ; Maria-Consuelo est parfaite et vous ne voulez pas risquer de la démotiver. De plus, votre mère vous a appris qu'il ne faut jamais négliger, ni son aspect personnel ni celui de son chez-soi (ah, çà, vous êtes bien formatée !). « On ne sait jamais ce qui peut arriver.. ». Un chat un peu aventureux par exemple et votre cristal risque de côtoyer le carrelage de la cuisine d'un peu trop près...  Et tout en vous remémorant les bons conseils de Madame votre Mère, vous lavez, vous essuyez, vous rangez.

 

Voilà, c'est la conscience tranquille que vous éteignez les lumières de la cuisine et du séjour et que vous entrez dans la salle de bains pour votre toilette du soir, démaquillage et crème de nuit. Depuis votre chambre vous parvient le doux ronflement du juste qui sommeille. Bébé, dans la sienne, dort paisiblement et vous n'avez plus qu'à en faire autant.

 

Le charmant babil de votre Petit Trésor vous arrache des bras de Morphée avec la désagréable impression de n'avoir dormi qu'un quart d'heure.

 

C'est une nouvelle journée qui commence. Le fax d'hier soir vous saute dans la mémoire. Allez, hop, debout, et c'est reparti !

 

Vous déposez bébé chez la nourrice et à votre arrivée au bureau, à l'heure, enfin presque, vous croisez dans le couloir votre collègue détestée préférée -celle que vous nommez en aparté « la mère Michu »- qui vous accueille, les yeux écarquillés d'horreur et une main sur sa joue (elle a un gobelet de café dans l'autre) par un retentissant « QUELLE TETE » d'une voix suffisamment haute et intelligible pour que tout l'étage soit informé de votre pauvre mine. Ce qui ne vous remonte pas le moral.

 

Vous lancez un « bonjour » à la cantonade et vous vous enfermez dans votre bureau. Tout en planchant sur le fameux fax vous méditez sombrement sur la difficulté à paraître toujours belle.

 

Exploit d'autant plus coûteux pour celle dont on murmure « elle a toujours l'air d'une poupée qui sort de sa boite ».

 

Ah ! Ce n'est décidément pas facile de paraître toujours belle !

 

Vous vous promettez de vous coucher tôt tous les soirs cette semaine.

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Oh la la on s'y croirait! C'est tout moi ça! Me manque plus que les enfants. Je mets un point d'honneur à être toujours présentable et avoir une maison à peu près rangée. Et c'est du boulot.

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