Trente ans que la guerre du Vietnam est terminée, et pourtant elle continue de faire chaque jour de nouvelles victimes. Des vétérans bien sûr, mais aussi des enfants, touchés indirectement par cette guerre qu'ils n'ont pas connue. On les appelle les enfants orange.
Ces enfants sont nés aveugles ou avec diverses malformations qui peuvent les empêcher de marcher, de se servir de leurs mains ou qui se lisent tout simplement sur leur visage. Ces malformations congénitales sont dues au fait que leurs parents voire même leurs grands-parents, ont été en contact avec un produit chimique extrêmement dangereux et connu -aujourd'hui- pour être tératogène, l'agent orange.
Pendant la guerre du Vietnam, et en particulier pendant 10 ans, de 1961 à 1971, les bombardiers américains ont déversé sur les territoires vietnamiens, principalement sur les forêts, des milliers de litres de cet agent orange. Le produit toxique est un herbicide puissant créé par la société américaine Monsanto (au cœur en ce moment même d'une polémique à cause de l'un de ses autres herbicides célèbre, le Roundup ; lire l'article) qui doit son nom non pas à sa couleur mais aux bandes de couleur orange ornant les barils dans lesquels il était stocké.
Les vietnamiens n'ont pas vu le vent venir. Ils n'ont d'abord pas compris pour quelle raison les américains les avaient « arrosés ». Puis, cinq jours après la curieuse pluie, les feuilles des arbres ont commencé à rougir pour finalement tomber. Ainsi, il était devenu très difficile voire même impossible pour les vietnamiens de se cacher dans la forêt pour échapper aux GI américains.
Les effets destructeurs de l'agent orange viennent en grande partie de son composant principal : la dioxine. Cette dioxine est un produit toxique particulièrement puissant mais surtout la molécule de dioxine est très stable, ce qui fait qu'encore aujourd'hui elle est présente dans l'environnement et contamine les sols, les sédiments, l'eau... Elle infecte ainsi les animaux et se retrouve dans la chaîne alimentaire. Une fois ingérée, elle a une action sur les cellules germinales des individus : les spermatozoïdes et les ovocytes des parents subissent des mutations qu'ils transmettent à leurs enfants. Ainsi, les enfants peuvent naître avec un handicap.
Côté environnement, on estime qu'un cinquième des forêts vietnamiennes a été rayé de la carte chimiquement par l'agent orange. La guerre du Vietnam porte ainsi très bien son nom de plus grand conflit écologique de l'histoire de l'humanité.
Les soldats américains ont bien entendu également été touchés par l'agent orange car on ignorait à l'époque que la dioxine pouvait être à l'origine de cancers, de maladies de la peau et du système nerveux, de cécité ou de malformations congénitales. En 1984, ils ont signé un accord avec la compagnie Monsanto en échange de l'arrêt de toute poursuite. Ce sont donc 180 millions de dollars qui ont été versés aux victimes américaines de l'agent orange. Mais pour les victimes vietnamiennes, pas un centime... Les trois millions d'individus concernés ressentent donc une énorme injustice.
Voilà donc plus de 20 ans que le Vietnam mène une bataille juridique acharnée, visant à faire reconnaître la responsabilité des firmes chimiques. En mars 2005, la cour d'appel de New York a rejeté la plainte, avec pour explications qu'on ne pouvait maintenir des poursuites pour l'utilisation d'un herbicide, non reconnu comme un poison et dont on ignorait à l'époque qu'il était dangereux pour la santé humaine et pour l'environnement.
Le 22 février, une ultime demande de reconnaissance des responsabilités a à nouveau été rejetée par la justice américaine, provoquant les plus vives consternations au Vietnam. Mais ne s'avouant pas vaincus, les avocats vietnamiens ont décidé de porter l'affaire devant la cour suprême de Etats-Unis.
Triste affaire dont on n'imagine même pas l'existence dans notre petit pays bien confortable. Ici, on ne connaît pas la guerre et on croit que quand elle est terminée, elle l'est pour de bon. On ne pense pas aux blessés, à ceux qui sont mutilés, et encore moins à ceux qui vont être des victimes indirectes à plus long terme. Ce sont des infos comme celle là qui me font mesurer ma chance.