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Mauritanie : être belle c'est être grosse

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La beauté est une notion bien subjective. Alors qu'en Occident, on ne rêve que de ventre plat et de minceur, en Afrique et particulièrement en Mauritanie, une femme belle est une femme grosse.

Car là bas, être grosse, en plus d'être jolie, signifie que l'on est de bonne famille. D'ailleurs, la langue mauritanienne est sans équivoque : ghlida veut à la fois dire grosse et de bonne famille tandis que r'guiga ou rgayga désigne à la fois la maigreur et une classe sociale inférieure.

Le message est clair ; en Mauritanie, la réputation d'une femme se fait sur son apparence physique et si elle veut plaire et trouver un mari, elle se doit d'être grosse.

 

Pour arriver à « un poids respectable, un corps ramolli avec de jolies vergetures blanches ou pourpres », il faut donc grossir. Ainsi, lorsqu'elles atteignent l'âge de 10 ans environ, les fillettes sont gavées. On leur fait ingurgiter des litres et des litres de lait, dans ce seul et unique but.

Dans chaque village, une femme, la gaveuse, a ce rôle prestigieux. A la saison des pluies, alors que les troupeaux reviennent après la transhumance, commence également pour les fillettes une période de 2 à 3 mois particulièrement éprouvante : le gavage. Chaque soir, à la tombée de la nuit, la gaveuse force ces fillettes à boire plusieurs litres de lait, sous la contrainte. Ce gavage prend parfois des allures de torture, d'une part parce que les enfants boivent ce lait au-delà de leurs forces mais aussi parce que lorsqu'elles n'en peuvent plus, la gaveuse peut leur casser la main, leur casser un orteil ou leur écraser le pied sous un rondin de bois. Dans ces circonstances, les petites filles n'ont pas d'autre choix que de boire, et de grossir.

Au fil des semaines, la quantité de lait augmente et la nature du breuvage évolue. Alors qu'au départ il s'agit simplement de lait de vache, de chèvre ou de chamelle, la gaveuse ajoute progressivement du beurre, des arachides et de la semoule de couscous pour enrichir encore plus sa préparation.

 

A Nouakchott, capitale de la Mauritanie, le bétail se fait plus rare. C'est pourquoi le gavage à l'ancienne, traditionnel comme dans les villages reculés, ne se fait plus vraiment. Pourtant, dans les villes les canons de beauté restent les mêmes et une femme belle est une femme grosse. Alors, pour plaire et trouver un mari, les femmes se tournent vers d'autres méthodes pour grossir.

Sur les marchés, en plein soleil, des vendeurs ambulants s'improvisent pharmaciens et vendent à la sauvette des médicaments de contrebande, souvent périmés, pour faire grossir. Cela s'appelle du gavage chimique. Les médicaments utilisés le plus souvent sont à base de cyproheptadine, un antihistaminique qui stimule fortement l'appétit. Mais ce n'est pas tout, car sur les étals de ces vendeurs à la sauvette, on trouve même des hormones de croissance pour animaux. Suite à la prise de tels produits, les femmes tombent malades, elles ont des problèmes neurologiques, font des dépressions, ont des troubles du comportement et malheureusement aussi parfois, elles en meurent.

Pour « remplir leur voile », comme on dit en Mauritanie, les femmes n'hésitent pas à prendre des risques considérables pour leur santé. Des risques certes dus aux médicaments illicites qu'elles prennent mais également d'autres risques qui découlent directement de leur obésité.

Hypertension, diabète, problèmes cardiaques, problèmes d'articulations, douleurs en tous genres, difficulté à cicatriser et dos voûté pour supporter leur poids en marchant, sont leurs soucis quotidiens. Les cabinets médicaux ne désemplissent pas. Cependant, ces visites au médecin sont les meilleurs moyens d'être informé car le médecin joue un rôle fondamental pour faire évoluer les mentalités progressivement. Il doit mettre en garde ses patientes contre les risques du gavage pour la santé mais aussi pour la vie. Combien de fillettes sont mortes parce qu'elles se sont étouffées à cause du gavage ? De tels exemples sinistres sont une bonne façon de convaincre les familles du danger que le gavage représente.

 

La jeune génération constitue également un espoir de changement. Même si certaines jeunes filles sont encore de ferventes partisanes du gavage, parce qu'elles se sentent plus jolies et plus désirables, une proportion non négligeable de jeunes, filles et garçons confondus, semble changer d'avis. Probablement influencés par les icônes de mode occidentales, de plus en plus de jeunes estiment qu'une femme mince est plus jolie qu'une femme grosse et de plus en plus de jeunes filles se rebellent contre le gavage. Plus jolie ? Tout reste affaire de goût ; mais meilleur pour la santé, cela est certain. Les mentalités évoluent et l'obésité recule peu à peu dans le pays.

De jeunes femmes ayant subi le gavage dans leur enfance, se mettent désormais au régime et font du sport. La marche est devenue tendance en Mauritanie. La course à pieds, elle, n'est réservée qu'à celles dont le poids le leur permet.

 

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